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Mélancolie de la petite-grosse

Je ne bouge pas, je suis incapable de bouger. J’attends.
Je suis juste assise, immobile à peser cent tonnes sur une chaise.
Pourtant pas de doute je suis bien oppressée par des relents
Un mal de mer intérieur berce mes tripes au mal aise
Ou une vague imaginaire, la vague, le mouvement.
Je la vois bien à l’image de celle qui trône parfaitement
Immobile au milieu de mon mur blanc.
Elle est superbe car elle reproduit et simule
Avec un réalisme saisissant
La colère de la tempête crachant son écume.
Mais elle est aussi le symbole de l’affreuse attente
Et la représentation d’une parfaite beauté
Du jaillissement fébrile de nos âmes pétrifiées
Pétrifiées à leur apogée.
Et cette vague je suis bien comme elle
Infiniment figée mais infiniment réelle
Le dynamisme de son mouvement est parfait
Mais éternellement suspendu dans le temps
Et voué à n’être que l’image de ce qui aurait pu se réaliser.
Elle attend sur son papier de rouler, elle attend.
Elle attend d’écraser dans son rouleau la frêle embarcation
Qu’elle s’apprête toujours à engloutir avec passion
Mais elle n’en finit jamais de rouler, elle attend.
Et l’embarcation n’est jamais brisée, elle aussi attend.
Chaque homme dans le bateau attend, attend de mourir.
Et ils n’en finissent plus de voir la mort venir.
Je suis cette vague qui attend
Qui attend de briser avec fureur le bois du bateau, qui attend.
Et qui attend avec la même fureur de se briser contre son propre flanc.

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