La Surprise du Matin !

Y’a des jours ou tous les mots, même les plus beaux, ne viennent plus se coller sur la réalité.
Ils dégoulinent le long des murs et la colle ne prend jamais.
Alors on abandonne les murs, on les regarde d’un peu loin, on les regarde et on y comprend rien.
Je m’écarte du Monde, juste pour trouver un autre point de vue, d’ou le sable et le désert urbain pourrait me montrer leur deuxième profil.
Et puis il y a des jours ou l’on se retrouve aux Portes du Monde, quand on a fait quelques pas de plus en arrière pour observer le champ de bataille.
Aujourd’hui je suis aux Portes du Monde qui m’oppresse, aux pieds du fronton de granit ou il est inscrit « Entre et ne ressort plus ».
A cet endroit il y a toujours un soleil écrasant qui ralenti les gestes, les pensées et serre autour de la gorge un puissant noeud brûlant.
Il faudrait que je rentre sans me demander si les gens sont cruels, ou si le temps qui passe ici arrache la peau et les larmes.
Aux Portes du Monde je vois tourner en rond des métros sales et bondés, et dedans des beaux bébés McDo avec du sel plein la gueule.
Des filles toujours plus jeune qui aimerait se faire greffer des strings éternellement propre au cul, et toujours le même goût de vanille dans la bouche.
Des garçons avides, qui implosent en eux-mêmes comme des bombes atomiques. Juste pour essayer de se trouver de limites.
C’est se lever d’un rêve anodin, et puis laisser la déprime qui monte juste parce que le ciel est gris, et que ce matin il n’y a pas de soleil.
D’une image à une autre, d’une vidéo Youtube au dernier Confessions Intimes ou Marion expose son corps nu parce qu’elle n’a pas assez confiance en elle.
D’un jingle entêtant à Judas, on voit des êtres humains se prendre pour des messies de la société. Qui nous apprendrait à vivre comme eux.
Des êtres humains déchaînés à expliquer pourquoi ils existent, pourquoi ils échouent, pourquoi ils réussissent, pour ne retenir finalement que ce que leurs petits yeux leur ont donné de voir.
Mes yeux divaguent entre le bonheur d’être vivant et la frustration de l’existence. Un instant de joie, un instant de peine, et puis un autre, et encore un.
J’alterne sur l’échelle du vide, entre mon égocentrisme brûlant et la rage de me savoir incapable. Alors je continue de m’éloigner des Portes du Monde, m’éloigner des goûts et des odeurs.
Au pays que j’ai bâtis la colère vaut bien plus que l’injustice qui la provoque. Mon pays dans ce Monde.
Mon pays regarde. Il regarde la sécheresse et la canicule des idées tordues, qui envahissent tous les esprits, et finalement c’est normal.
C’est comme voir toutes les tangentes se réunir au point d’orgue. Mon doigt au bout de mon esprit au bout de mon pays effleure le grain de peau du visage de ce Monde.
Il n’est pas question pour moi de dire que je n’aime pas le Monde dans lequel je vis. Le problème c’est de réussir à exister.

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