La Normande

Une vache maigre
Dans un champ de pâquerettes
Mangeait du maquereaux
Au vinaigre blanc

Une coupe de champagne
Et quelques olives
Un yahourt au miel vert
Pour finir ce repas

Le ventre repus
La vache maigre
Se curait les dents
Allongée, jambes croisées, elle s’allume une clope

Elle regarde les nuages blancs
Sous le ciel bleu
Qui forme des petits lapins
Ou des orang-outans

Ca dépend de l’angle
De la lumière
De l’esprit
De la pression atmosphérique

Tout en faisant des ronds de fumée
Profitant du calme
Elle ne cesse de penser
Aux prochaines vacances à Saint-Tropez

Elle y croisera Loana
Jay Z et Rihana
Boira des cocktails très cher
Et dormira dans une piaule merdique très chère aussi

L’année dernière en une semaine
Elle avait claqué un an d’économie
Mais ça fait bien à la rentrée
De dire au collègue qu’on a bu un gin-feez sur la même terrasse que Grégory Basso

Son plus gros problème c’est le célibat
Elle a beau se faire belle
Personne ne veut d’elle
Bien que ses sabots ne soient pas crottés

Les vaches même maigres
Ca n’agite pas les foules
Ca a l’oeil vide
Et pas un pourcent de fougue et ça elle le sait

Alors elle va faire un crédit chez Sofinco
Pour se payer une belle peau de biche
Peut-être tapera-t-elle
Dans l’oeil d’un riche ?

Ca c’est ce qu’elle espère
En secret
Finissant sa cigarette
Dans ce champ de pâquerettes

La vie est dure pour les vaches
Surtout quand elle lisent Voici
Elles fantasment
Et ça s’arrête là, ça va pas plus loin que le bout d’une phrase mal formulée.

A quarante sept ans
Elle est toute seul, sans veau ni boeuf.
Et finira sans doute
En peau de vache.

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