Une épine dans la chatte

Y’a 6 jours c’était la journée de la femme. Et il y a un an et 6 jours c’était aussi la journée de la femme. Et tous les ans depuis sa création, le 8 mars est le jour de la journée de la femme. Qui arrive dans la tête des gens, comme la fête des mères ou un truc du genre. Comme un truc qui arrive, qui fait quand même un peu chier, mais que c’est la vie.
Comme un truc sans grand intérêt, à peine intéressant. Qui pousse le genre de pensée : « Et à quand la journée de l’homme alors ? ».
Ah ben oui ça putain !! C’est quand la journée de l’homme ?!! C’est tout le reste de la semaine, c’est tout le reste du mois, tout le reste de l’année, 364 jours sur 365, la grande fête du quotidien, la joie d’un événement qui se répète éternellement, à l’infini.
C’est la teuf constante, le bonheur de la virilité tous les jours, c’est journée « Steak et Pipe » forever. Sauf le 8 mars.
Le 8 mars c’est « Colin et Haricot Vapeur » day. C’est chiant. C’est nul. Ca pue, ça n’a aucun goût, c’est naze, ça sent pas la grosse transpi, ça rit pas assez fort, ça s’intéresse à autrui, ça pose des questions, ça se pose des questions, ça cherche pas toujours à imposer le film avant de dormir, ça pisse pas debout. C’est le « Colin et Haricot Vapeur » day quoi.
C’est long une journée. Et en même temps c’est si court. C’est une goutte d’eau dans un océan de foutre. C’est un ovule au milieu d’un milliard de spermatozoïdes. C’est l’attaque sanglante de toutes ces têtes aveugles sur la forteresse sacrée d’un ovocyte solitaire.
On casse la tronche à la gamète, et on se barre. La plupart du temps ça donne rien, parce qu’on veut pas de ce genre de responsabilité. Alors les spermiz’ crèvent dignement sur le champ de bataille, s’engluent dans la chatte, oublient aussi vite qu’ils ont pris conscience, et c’est la fin.
Alors pour tous les spermatozoïdes morts on fait « Steack et Pipes » forever, et puis pour l’ovule on a le 8 mars.

Mais on oublie les milliers d’ovules gâchés, morts avant même d’avoir existé. Perdu dans des litres de règles effrayantes, les centaines de pilules avalées comme des kilomètres de barbelés. On oublie la peur, les pertes de mémoire, les pilules spéciales lendemain foireux, l’IVG par aspiration, les sueurs froides, la douleur de se sentir détruite de l’intérieur, l’évacuation, la responsabilité, la culpabilité.
Par contre on pense souvent à tout ce sperme étalé sur des milliers de visages, sur des tonnes de seins et de poitrines, des quintaux de culs, on se passe en boucle des « Extrem Bukkake », on jouit, on jouit, on jouit. On a en dans la bouche, sous les ongles, entre les doigts, dans un repli de petites lèvres, sur le cul, ici et ailleurs bien visible, bien vivant.
Le sang se cache dans les petits bouts de coton blancs. Disparait sans avoir jamais existé, retourne à l’ombre sans en être jamais sorti.
Et on a beau manger des tonnes de viandes rouges, boire de la bière, jouer au foot, sentir des pieds, avoir des grunges et rire très fort, le sang coule à l’intérieur, le sperme s’étale et le 8 mars ne dure qu’une journée.

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