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Très cher Dieu,

– Jour 2 666 –
Très cher Dieu,
Aujourd’hui tu peux être fier de moi, j’ai mangé tous mes haricots verts et Maman m’a fait un beau sourire quand elle a vu mon assiette toute propre. J’aime ses grands yeux sereins à l’idée de mon estomac rempli de ces végétaux insipides. Des fois, je crois pouvoir m’y noyer à l’infini dans le tourbillon d’une douceur de parfum. En comparaison les haricots verts sont sans valeur. D’ailleurs je crois que je ne saisis pas encore toute l’essence de leur existence, quel est le secret que tu as caché au fond de leur coeur ?.. Mais surtout POURQUOI EST-CE SI IMPORTANT D’EN MANGER ?

– Jour 4 531 –
Très cher Dieu,
Aujourd’hui comme tous les jours depuis un mois je n’ai pas rangé ma chambre. Toute la famille est folle d’inquiétude et je ne comprends pas pourquoi. Pourquoi est-ce si terrible ? Y’a-t-il un mal curieux qui pourrait me frapper si ma chambre n’est pas en ordre ? La seule chose que j’aime ranger, c’est les haricots verts une fois équeutés, dont je fais des ballotins. Des belles rangées, bien jolies. Après je les range dans mon estomac, et je me dis qu’ils restent bien ordonnés pendant ma digestion parce que les haricots verts sont des végétaux très sages. Maman dit que l’adolescence pousse au désordre parce qu’on ne sait plus bien qui on est à cause des changements dans le corps. Les haricots verts changent aussi, mais je ne crois pas qu’ils fassent une crise d’adolescence…

– Jour 5 792 –
Très cher Dieu,
Je n’ai jamais rien trouvé d’exaltant dans le coeur des artichauts, cependant, tu as placé dans le mien un amour immense pour des garçons. Qui ne m’aiment pas. Et je n’ai jamais chéri les haricots verts, et peu m’importait qu’ils aient eu de l’affection pour moi. Mais les garçons sont si différents… Je ne sais trop quoi penser de l’amour. Car en grandissant je crois savoir où je vais, mais en même temps il me semble que tu caches de plus en plus profondément l’essence des choses. Dois-je comprendre dans ce paradoxe que je devrais essayer de manger le-dit garçon afin de saisir sa vraie nature ? J’imagine que ce doit être à la fois indigeste et mauvais pour la santé des deux parties. Si Maman a l’air si inquiète c’est qu’elle doit savoir que les garçons ne sont pas comestibles.

– Jour 6 984 –
Très cher Dieu,
Depuis neuf mois maintenant, je me rends chaque jour à l’université. J’y apprends des tas de choses diversement utiles, seulement il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi avoir fait du monde des hommes quelque chose de si petit ? Je ne porte aucun crédit à la thèse de la punition et du bannissement, parce que ce serait bien trop facile de ta part. La plupart de tes ouailles sont persuadés que le meilleur vient après la mort, ce qui me rend curieuse. En même temps je te trouve bien fourbe de ne pas nous laisser en faire l’expérience plusieurs fois. Certains disent que l’amour est la réponse à tout, seulement j’ai découvert le point commun entre les haricots verts, les humains et les théories philosophiques, ils sont tous insondables. Pour différentes raisons, certes, mais les moins pénibles étant les haricots verts je ne suis pas certaine de saisir toute ta logique.

– Jour 7 851 –
Très cher Dieu,
Je sais déjà que tu vas m’en vouloir. Cette nuit j’ai pris en inhalation presque un demi gramme de cocaïne, puis j’ai fais l’amour avec un homme que je ne connaissais presque pas, et ça ne m’a apporté aucune réponse. La drogue est comme l’amour mais encore plus stupide, car après m’avoir fait croire au bonheur, elle ne me laisse que remords et souffrances une fois dissipée et pas un gramme d’expérience. Je la traiterais d’hypocrite si elle avait une conscience, mais je ne sais pas où se trouve l’esprit de la cocaïne. Peut-être se loge-t-il dans le creux de mon ventre où il ne laisse presque aucun espace, à part pour quelques petits haricots verts sordides et sombres. Mais pourquoi faire cohabiter cocaïne et haricot vert dans le même estomac, dans le même monde ? Ils ont si peu en commun. Tous les matins, ton monde me surprend mais surtout ce que nous en avons fait.

– Jour 8 613 –
Très cher Dieu,
Aujourd’hui j’emménage seule pour la première fois, je prends mon envol comme on dit. Mais quelle ironie, je me retrouve écrasée sous le poids de la paperasse et des responsabilités angoissantes qui sont le lot des gens qui deviennent des ‘adultes’. Maman ne se préoccupe plus vraiment de savoir si ma chambre est bien rangée, mais j’aimerais tant qu’elle le soit. Maintenant je peux jeter les poêles contre les murs personnes ne viendra m’engueuler, à part la poêle ou le mur. Qui ne me font pas peur. Je ne sais pas trop de quoi j’ai peur, à part de me noyer. Pourtant je ne vais jamais à la mer ni à la piscine. La dernière fois que j’ai planté une copine qui voulait aller à la piscine, j’ai passer l’aprèm à lire des conneries sur internet dont l’article Wiki sur les haricots verts. J’ai passé la soirée seule, j’ai eu une crise d’angoisse, j’ai voulu manger des haricots verts mais je n’en avais pas, alors j’ai bus de l’alcool fort. Je me demande si toi aussi tu as peur de quelque chose.

– Jour 9 999 –
Très cher Dieu,
Je t’écris à l’instant ou ma main s’apprêtait à commettre tous les pêchers en même temps. Toute la nuit j’ai voulu mourir pour toutes les pires raisons que tu ai créé. Par gourmandise j’ai cédé à toutes les drogues, par orgueil et luxure j’ai voulu posséder tous les êtres humains de cette terre, par envie et jalousie je me suis vidé de toute mon innocence pour mieux séduire, par avarice et colère j’ai détruis tous les secrets et l’amour que l’on m’avait offert, et par paresse je n’ai manger ce soir que des haricots verts. Quand il n’en est resté qu’un au fond de mon assiette je l’ai regardé, j’ai voulu très fort être lui, mais cela m’a fait tellement peur que je n’ai plus voulu, donc j’étais à nouveau contente d’être un humain. Alors je n’ai plus voulu mourir, j’ai voulu être avec un garçon, mais il n’y en avait pas dans la pièce, donc j’ai pleuré. J’ai finis par manger le dernier haricot vert, il avait le même goût que les autres mais en plus doux. A ce moment, j’ai eu peur que la mort ai ce goût là.

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