1,6m2 de peau

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Lavague2

J’ai en moi des vagues et des scènes de théâtre,
Des souvenirs comme tout le monde,
Des couleurs qui sonnent cartable,
33 vertèbres, 1,6 mètre carré de peau
Un foi, autant de cerveau.
Un coeur, deux tendons d’Achille,
Un atelier de création
Dans le fond de ma poche gauche,
Un prénom qui se coupe en deux
En fille, en garçon
Un nom de famille qui me tiens chaud
Parce qu’il sent le gaz comme disait un pote,
Des tabous qui finissent en maladies
Des aigreurs d’estomac,
Des paquets de cigarettes blondes
Et mes cheveux noirs.
Je perds mes élastiques,
Mes cadeaux les plus chers,
Mes écharpes, ma jeunesse,
Mes souvenirs, mon innocence.
Je perds du temps,
Et de l’amour par la même,
Et souvent
Je perds aussi mes poèmes.
Mon stylo ne sauvegarde plus ma mémoire
Le Doliprane non plus.
On s’est offert des bouquets de fleurs
En guise de ferme ta gueule.
Des murs de cicatrices
Des croûtes qui s’empilent
Sous les peintures à l’huile.
Je me souviens du coup de foudre raté
Entre un éclair de quiétude et le reste de ma vie
Et puis le béton qui arrive qui tombe qui coule
Comme les grandes responsabilités…
Les grandes responsabilités.
Alors je suis partie voir l’océan,
La mer, les plages mortes,
Les messages dans les bouteilles
Et la mort dans ces poèmes.
J’ai peins sur la soie avec de l’eau
La blancheur de mes angoisses
Le vide qu’il y a en moi
La fatigue qui me terrasse.
J’ai peins du PH neutre, l’odeur l’air,
L’intérieur de la façade,
La fenêtre qui donne sur le sous-sol
Et un couché de soleil matinal.
Et puis j’ai regardé
Mon absence foisonnante
Mourir sur le sable
Exactement là où la mer se termine,
Juste au bout de la vague.

Je suis rentré chez moi
À l’époque ou fleurissent les cerisiers
Ca sentait la glycine, le bois,
Le bitume, les frites, les voitures cassées.
J’ai attendu la mousson
De revoir l’océan
De quitter le mouvement
Et les barreaux de sa prison
En attendant…
On s’est pavané sous les UV
Avant que ça devienne des obus.
J’ai rien vu
Dans la transparence du miroir,
Dans nos regards opaques,
Et j’ai enterré ma grand-mère
Sous un putain de soleil.
Aujourd’hui
Je suis toujours enfermé
Dans ce que je compte pas,
Dans ce que je perds,
Dans le temps
Qui passe trop vite et trop lentement.
Dans la douleur en fusion
Dans le réacteur nucléaire
Qui trône au fond de la faille
Qui s’cachait au fond d’la mer.
Aujourd’hui
Je suis toujours enfermé
Dans le grand balais de la société
Entre mensonges, sourire et magasines pour les gonzesses
Qui t’explique la vérité mondiale
Entre deux paires de fesses…
Alors voici les fleurs, l’eau, la soie,
Le tombeau, la boussole,
L’autre monde, le miroir, le passage,
Le sens de la vie,
Le sens des aiguilles.
33 vertèbres, 1,6 mètre carré de peau
Les vagues, les scènes de théâtre
Un pont entre deux rives
Un foie, autant de cerveau.
Et puis une horloge sans réglage
Qui indique sans cesse
La saison de la moisson de mes espoirs.

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Classé dans:Poney Poetry

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PONEYLAND POUR LA POÉSIE ET L'ART CONTEMPORAIN OUÉ OUÉ