PLastic // Hélicoptère

 

Parti de loin, parti de rien, on a juste quelques souvenirs (toujours les mêmes) à raconter pour se construire une légende éphémère et le contre-coup du vide du passé qui la détruit aussitôt. Un cercle fermé. Comme une vague qui jaillit et qui se brise contre elle-même. Quand on est une vague on voit par à-coup la plage et tous les gens dessus, debout, qui jugent, qui aiment, qui évaluent, qui comptent, qui rient, qui jaugent, qui ont peur. Quand on entend leurs paroles elles tournent autour des oreilles comme les hélices d’un hélicoptère, prêtes à trancher. Un boomerang qui va et qui revient de propos malsains, de récits héroïques, d’histoires d’amour troublantes, de beauté sans fard, de jugements aveugles.

On sait comment ça sonne un jugement aveugle, comme une alarme à incendie. Pourtant on se démène comme une vague, à prouver qu’on est là, qu’on y a pensé, qu’on veut bien donner. Mais personne ne bouge, y’a personne pour se baigner. On pourrait passer l’éternité ainsi, à vouloir mais à rencontrer des murs, des façades de refus, de froideur, de mépris. Du mépris, comme s’il en pleuvait dans les yeux des gens qui pleurent avec leur ego. Se briser les uns contre les autres.

Bien avant on se demandait : c’est quoi la mer ? C’est quoi l’océan ? On vivait sur terre avec nos pieds, il n’y avait rien de plus clair que les pas qui résonnent jusque dans les tympans, qui donnent des distances, la longueur de la jambe, l’équilibre dans la voute. Y’a que Jésus qui marche sur l’eau, qui sait que ça résonne pas quand on traverse la Mer Rouge à pied. Il y a les ondes qui descendent jusque dans le fond de l’océan et ces pas sourds qui ne disent rien, pas de distance, pas de longueur, pas d’équilibre.

Quand tu es une vague, tu sais que la vibration est interne, et qu’il ne faut surtout pas attendre Jésus. Mais tu n’es pas seul, tu es face à la plage, aux paroles qui tournent comme les hélices d’hélicoptère dans le creux des oreilles, aux jugements aveugles et au mépris. Tu as le chant des baleines, les violons de la mer, ta propre limite que personne ne connait.

Sur la plage, il y a des gens seuls mais qui se donnent la main juste pour ne pas se perdre, ils ont leur mépris et leurs jugements aveugles, les récits héroïques, les alarmes, des beautés sans fard, des paroles humaines. Des nombrils comme des soleils pour se donner chaud l’hiver, et briller l’été. Le confort d’avoir des beaux doutes sur qui baiser, sur le luxe du choix de son existence. La gloire n’attend pas.

Est-ce que tu comptes encore ? Est-ce que tu as quitté le monde des hommes ? Quand tu es une vague tu n’es pas seul, tu es face à la plage. Tu n’attends plus, tu es devenu éternel, et toute les 20 secondes tu es la plus belle chose qui arrive au monde, la caresse pure.

Adorno : « Sans doute les œuvres d’art importantes sont-elles, de façon générale, celles qui s’assignent un but extrême, qui se brisent en voulant l’atteindre, et dont les lignes de fracture demeurent comme le chiffre de la vérité suprême qu’elles n’ont pu nommer.« 

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Classé dans:Poney Poetry

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PONEYLAND POUR LA POÉSIE ET L'ART CONTEMPORAIN OUÉ OUÉ