Un Bloc de Marbre

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Je traverse la vie comme si c’était un bloc de marbre, avec difficulté.
Avec colère, avec amour, avec peur.
Mais il y a trop de distance entre mon absolu et la réalité pour que j’arrive à les faire se rencontrer.
Et je ne sais pas d’où vient la peur.
La peur n’est pas une solution, c’est une réponse. La première qui te passe par la tête quand tu ne sais pas quoi dire à la prof de math.
La prof de math n’est pas très belle, par contre elle est très froide, et quand je regarde ses longs doigts blancs qui se confondent avec la craie, j’ai peur.
Sa bouche sans lèvre s’ouvre sur une question, à laquelle je n’ai pas de solution.
Je n’ai qu’une réponse. La première qui me passe par la tête.
Elle écrit le résultat comme elle écrirait mon jugement. Le mien était faux, pas juste, pas bon.
Elle ne comprend pas que j’envisage cette équation comme une loi, relative à un contexte. Elle me dit que je n’ai pas de circonstances atténuantes.
Je n’avais pas le droit d’avoir peur, je n’avais pas le droit de fumer dans les toilettes, je n’avais pas le droit d’être insolente, et surtout je n’avais pas le droit de me tromper. Le dossier est clôt.
Je ferme les yeux sur les chiffres qui défilent, retrouver l’obscurité profonde de mon manque de confiance. Confortable.
Loin des déchirures et des coups de marteau, juste à la jointure des deux pôles.
Il y a un son sourd qui frappe, le battement métallique du sang, ma vision floue et confuse sur les dessins de mon ignorance.
Je ferme les yeux sur l’air moisie, les néons blancs. Le bois traumatisé et mon criterium invalide.

Je retrouve les lignes rouges, les volumes dorées. Les fumées blanches et les ciels bleus. Les ombres fragiles du soleil de décembre, un peu claires, un peu légères. Comme la lumière à plat de l’Arctique qui rase l’horizon.
J’ai rangé les pierres et les blocs de marbre abandonnés, vestiges de l’amour. J’en ai fais des statues qui hurlent la splendeur de la verité avec des yeux bleus, verts et noirs. Et je n’ai eu qu’a jeter leurs apparats.
Je n’ai gardé que l’amour muet de l’univers qui un jour par hasard m’a donné la vie.
Il y a des galaxies, des ondes cosmiques, des astres errants et de l’énergie pure. Je n’ai plus peur des trous noirs, je n’ai plus peur du vide, le Niagara peut couler et l’Himalaya grandir.
Je suis seule au fond d’un vase vide avec des parois circulaires, des centaines de milliards de spirales et un tunnel de lumière. Un tunnel de lumière.

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Classé dans:Poney Prose

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PONEYLAND POUR LA POÉSIE ET L'ART CONTEMPORAIN OUÉ OUÉ